Affichage des articles dont le libellé est valise. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est valise. Afficher tous les articles

vendredi 30 septembre 2011

valise_15

Dernière valise. Pour une dernière fois. l'objet de mon obsession doit trouvé une fin.

Bientôt (je l'espère) vous retrouverais toute cette histoire en film, en livre, en photographie dans un seul ensemble.

Elle a une fin. Envie de passer à autre chose. Quitter Billancourt pour emmener mon errance ailleurs.

Pour finir, une petite histoire : j'ai failli redémarrer ma vie étudiante en histoire pour écrire et parler sur Renault-Billancourt, probablement le reste de ma vie. Une historien me dit "quand on commence sur Renault-Billancourt on en a pour toute la vie" mais ma mère me répondit "mais tu y est depuis que tu es né". Cette réponse, d'un genre de léger tremblement terre du paysage, m’amena à prendre de la distance avec le sujet et qu'il y avait une fin à ce travail. les disparus ont besoin de repos, moi aussi.

Plus de Valise, terminer, mettre un point à tout cette histoire et démarrer la mienne. Voici les Boites Noires retrouvées.



Aujourd'hui, j'aurais du recevoir une carte de la grand mère, pour ma fête, avec un billet de vingt francs, j'aurais deviné sa légère écriture tremblotante et petite, le tampon de La Poste Boulogne-Billancourt, envoyée juste à temps pour quand je rentre le midi de l'école, le collège, du lycée, le soir, trouvé sa carte, à la date précise, puis lui téléphoné pour la remercier, entendre sa voie alsacienne, mon père veillant, il prendra le combiné pour prendre des nouvelles, attendre le week end pour lui rendre visite, continuer la vie, l'adolescence de plus en plus grande, un léger désintérêt pour tout ce qui concerne la famille, vouloir être avec son autre, les amis, mais accepter la valse du dimanche, l'A15, l'A86, le périph' vide, trouver une place rue de Vanves, monter tout haut, déjeuner, digestion devant la télévision loin des discussions d'adultes, mangeant du chocolat offert lors de l'arrivée, le meuble en pluche jaune synthétique, rempli de nos jouets d'enfant où nous pausons nos jambes agrandis, les revues, journaux de Mamie, attendre, attendre, l'ouverture de la valise(s), bien trop tard, à mes yeux, après les tempêtes familiales, la disparition totale, se trouver dans l'obligation d'ouvrir les boites noires face au manque, a part entière dans la famille, préservé pour continuer.

samedi 12 février 2011

valise_14



Billancourt le 26.7.54.

Un lieu et une date dans les boucles du stylo à bille, surement un bic, de couleur bleu sur un papier à lettre serti de ligne, la première du bloc pour modèle. Modèle du modèle : celui d'André. De sa ville, Billancourt et non Boulogne-Billancourt. Supprimé les berges du ruisseau. On est dedans. Au regard du modèle, la lettre plus courte, incisive et respectueuse : de leurs situations aux formules de politesse.

Je soussigne Duquenoy André employé à la Régie Renault

Phrase d'introduction pour montrer la valeur de son boulot, qu'on travaille pour l'effort nationale. Dix ans après la Libération, la situation est la même. Pas de changement. Toujours les même conditions. Mais il faudrait pas trop qu'ils se plaignent selon le Général. Ils ont la Sécu et la politique familiale. Mais pas d'un logement correct.

Solution de sauvetage à l'heure présente inacceptable dans quelques temps.

Le quelques temps qui durera jusqu'à la fin pour les enfants. L'école primaire, le lycée professionnel et l'arrivée dans une entreprise, quelle soit Nationalisé ou pas. L'espoir d'une plus grande pièce, il faudra attendre que quelqu'un libère de la place au 57 et augmenter le 12 m2 en double, si cela est possible car le hlm, ils ne l'auront pas. Espérer que les retraités, si ils arrivent à quitter l'usine, retourne près de la famille qu'elle soit en Savoie, en Normandie ou en Alsace. Mais généralement non. Mourir sur son établi, si possible le dimanche en famille - moins de paperasse pour l'administration de l'usine - pour sentir autre chose que la graisse dans laquelle on pataugeait, jusqu'au genoux parfois et marquer son absence le lendemain à l'atelier et voir la couronne de fleur de la Régie sur sa tombe qui sera mis de côté pour laisser plus de place à celle des copains. Le lundi d'après, un jeune quitte la rue de la ferme pour emprunté l'avenue Emile Zola et prendre la place.

Et j'ose croire qu'il vous sera possible d'y donner une suite favorable.

Eux non. Nous oui. Nous faire juste sentir les souvenirs et rien d'autre. L'école oui. L'usine non. Si juste quand on aura seize ans, pour nous montrer. Avoir notre Bac. Grande fierté du paternelle quand mon frangin l'a eu. Le premier de la famille.





mardi 25 janvier 2011

valise_13


Monsieur le Maire,

J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance l'intervention du service municipale d'hygiène

De retour de Strasbourg après le mariage, André promet une vie digne. Promesse de l'institution républicaine et religieuse aux Alsaciens tout fraichement arrivés. Après la descente du train à gare de l'Est, le métro pour la première fois. Changement à Strasbourg Saint-Denis par les escaliers pentus et se retrouver sur le quai, l'esprit fatigué et excité du voyage de nuit jusqu'à la Porte de Saint-Cloud. Peut-être ont-ils pris le bus pour une traversée matinale de ma capitale. Pas évident de faire ce trajet : trop de changement et probable retour à l'usine. Avaient-ils droits à quelque jours de congé pour le mariage. Déjà pris pour l'évènement qui avait déplacé toute une partie de la famille Duquenoy venu du Nord. Retour express, installer la nouvelle famille et descendre la rue du Vieux Pont de Sèvre direction la porte Emile Zola, rappelant à quelle fiction ils appartenaient.
Arrivée dans "l'appartement" de 12 m2 pour quatre. Un peu d'espace à l'extérieur qui fera le bonheur des jeunes. Jusqu'à côté du 12 un escalier donnant sur un seul appartement au-dessus d'eux : celui des Houyez. Premier souvenir de Jean-Claude : deux jumeaux braillard en haut de l'escalier. Premier contact. Retour dans l'unique pièce à même le sol. Grande humidité. Voilà le premier combat, trouver un appartement.
Lettre écrite auprès du Maire pour avoir un logement correct. Elle n'a pas été écrites par André ou Marguerite. Un modèle pour les demandes expliquant la situation :

Ce logement situé au rez-de-chaussée, comprend 1 seule pièce de 12 m2 environ, construite sur terre plein et d'une grande humidité, laquelle provoque le mauvais état de santé de mes enfants et particulièrement celle de mon fils; des mauvaises odeurs provenant de la fosse d'aisance et du WC commun situés près de la dite pièce; de l'incommodité présentée par le manque d'emplacement pour l'installation des lits, de l'appareil de chauffage et des meubles strictement nécessaires à notre ménage.

Il n'est plus question d'appartement mais de pièce, de santé et d'un avenir pour une famille. Vie dure. Moi je n'ai jamais connu ou vu les conditions de cette pièce et surtout loin l'idée d'en prendre des photographies. Loin de nous les portables avec fonction photos. Juste écrire la situation, faire appel à un proche, un gars du syndicat de l'usine ou payer quelqu'un pour réussir à faire comprendre par cette lettre à trous. Montrer à la Mairie qu'il existe des habitations de ce genre dans sa ville. Pas à Boulogne mais à Billancourt. Dans le ruisseau, là où ils étaient, les ouvriers et ceux de Boulogne au bord. Réunir deux villes pour en faire une seule. Unité dans la forme mais aucunement dans le paysage. Billancourt entendant la sirène. Coupé par l'avenue Leclerc et Edouard Vaillant par le passage du tramway. Confondus.

Se faire entendre coute que coute. Sans savoir combien de temps cela prendra. Peut-être une vie mais se faire entendre depuis le ruisseau.

Avec mes remerciements anticipés, je vous pris d'agréer, Monsieur le Maire mes très respectueuses salutations.

mardi 23 novembre 2010

valise_12




Tricherie de ma part pour la valise_12. La carte de l'ancien m'a été confié par son fils, Michel, amis de mon père. La famille Houyez, amis et famille à la fois. Ils avaient déjà intervenu dans la valise_09. Suite et début d'une longue histoire, dite micro selon les spécialiste. Macro pour moi. Bientôt, je vais commencer les entretiens filmés avec eux. Images de paroles pour bientôt.

Cette CARTE dite d'ancien de Renault. Grande victoire pour les travailleurs de l'avoir. Atteindre la retraite. Le combat par excellence. Maîtrisé la machine, le contre maître, le chronomètre et gagner la grève. Il y a eu celle de 1936, 1952 et 1968. En 36, Elie était dans les mines du Nord. Fuite en région parisienne car F.T.P.F (Francs tireurs et partisans français), il sera caché par les camarades puis à rejoint la Régie de son nouvel habit étatique le 1er Avril 1946. En 1952, quelques mois après la naissance des jumeaux, un 22 mars, j'imagine qu'il devait retourner les pavés de la place Nationale : pour protester contre la mise en route de la décentralisation par la construction de l'usine de Flins et ce fameux 68 : dernière grève pour le voisin de la famille Duquenoy/Wurtz. Occupation et apparition des meeting déplacé sur l'île Seguin. Premier replis et retranchement à l'intérieur, sentant que la Forteresse se fragilise. Ne surtout pas ouvrir les portes aux étudiants : pas de notre monde. Trop facile d'ouvrir sur une envie. Il faut que les jeunes de la Sorbonne & cie nous montrent qui nous ne lâcheront pas, du jour au lendemain. Qu'ils ne seront pas les patrons de demain. LE syndicat en a peur. On connait la fin. Victoire dans un certain sens et défaite aussi. Amertume qui ne dura pas trop longtemps pour Elie. Après l'été, il quitte la Régie. il a enfin la carte et plus la verte pour rentrer dedans. Ce jour du 30 septembre, il a du le fêter mais aussi remonter la rue du vieux pont de Sèvres jusqu'au 57. A cette époque ci, il fait toujours beau. Peut-être qu'ils avaient dressé la table dans la cour sous le noyer devant leurs jardins. Sortir le vin et les alcools de chaque régions d'où provenaient les habitant du 57. Il y avait le Nord, l'Alsace, la Savoie et peut-être d'autres. Boire à cette victoire. Les enfants courant la cour de terre battue par leurs pieds. Elie a avoir une pensée pour son camarade André Duquenoy qui lui est parti un dimanche après-midi rejoindre les oubliés de Renault au cimetière, onze ans plutôt. J'espère qu'il faisait beau et que la dernière remonté de la rue fut joyeuse.

jeudi 4 novembre 2010

valise_11


carnet pour Maryse Hache

Toutes photographies appellent à une ouverture. Ces murs, de ce qu'il en reste, demande à être franchit. En ouvrant la Valise, je cherchais un moyen d'entrée pour Maryse Hache. Comme mon père qui a réussit un jour à faire entrer l'oncle de ma mère, fils de fermier Vendéen et amateur de mécanique, à entrer dans la Régie. Lieu qu'il a rêvé depuis qu'il bricolait des voitures. L'ami de mon père, Michel, ouvrier chez le père Louis et habitant du 57 a réussi l'infiltration de l'Oncle. Il lui a passé un bleu et la porte devant, j'imagine, la complicité d'un des gardiens. L'Oncle Gabi à découvert ce qu'il n'attendait pas : des ouvriers travaillant dans quarante centimètres de graisse dans un vacarme assourdissant qui était absent des reportages d'actualités qui ne venait sur la Place Nationale, les jours de grèves, pour prendre la température de la France.

Prenez un bleu et suivez moi à travers le carnet de André. Lui était gardien, donc pas de problème pour rentrer. Ce petit carnet qui a du être dans la poche depuis le début de son poste ou au début pour retenir ce qui devrait être des numéros de téléphone pour joindre les quatre coins du Trapèze.

Porte D avenue Zola 5128. Entrée employée généralement par les ouvriers qui venaient par le métro Ligne 09 station BILLANCOURT. L'avenue des ouvriers. Les cadres et agent de maîtrise ne s'y risqués pas. Il préférait celle de Place Nationale : chemin le plus court pour rejoindre le bâtiment X, celui des ingénieurs. L'avenue Zola chemin de tout les jours. Pris par le plus grand nombre au changement des équipes au son de la sirène. Chemin le plus direct pour atteindre le pont Daydé et l'île Seguin. A chaque changement, les gardiens devait vérifier, théoriquement, les cartes d'identité de Renault. Chaque ouvrier avait son matricule et son numéro d'atelier. Avenue entourée de bâtiments haut de vingt mètres, ses transversales pour l'accès à d'autres atelier. Les énumérés serait long. Mais il y a ces souterrains qui permette de passer de département à un autre. Sur la droite, le parc aux aciers et la rue Traversière qui vous mènent à l'atelier 62 avec la rue intérieur sous les verrières qui y donne accès. Observer, la brume bleuté, le vacarme des pillons et la chaleur. Sortir et s'échapper pour retrouver l'avenue Zola et prendre le pont Daydé pour voir la perspective de la Seine et peut-être rentrer dans l'île mais un dernier regard sur le votre gauche : le mur de l'artillerie. Seuls vestige avec le pont de la présence ancienne. Les rues et avenue du Trapèze ne corresponde plus. Garder le bleu et regarder les chefs d'ateliers volé depuis le pont sous l'impulsion des ouvriers. La seule chose qui n'a pas changé c'est la Seine. Elle restera le premier et le dernier témoin de ce siècle.

jeudi 7 octobre 2010

valise_10



Objets de mes pensées : rue du vieux pont de Sèvres depuis le 57, Le regard de mon père et les deux lignes de fuites sur l'ouest du Trapèze depuis ma bibliothèque.

samedi 18 septembre 2010

valise_09




A la mère de Michel et Jean-Francois, habitante du 57, enterrée vendredi


Conditions particulières de l'abonné : Elie Houyez, ajusteur à la Régie, habitant du 57, rue du vieux pont de Sèvre. Arrivé à Billancourt pendant la seconde guerre. Mineur du nord, il a fuit le coron car résistant F.T.P.F (Francs tireurs et partisans français) et membre du PCF. Il se cache à Billancourt et se fait embaucher à la Régie. Il fonde une famille et s'installe au 57, peut-être le 10-12-49 comme l'indique ce contrat d'abonnement. Trois enfants : une fille et des jumeaux. La famille Houyez deviennent des proches des Duquenoy-Wurtz jusqu'à devenir une famille. André et Elie, tout les deux du Nord et des enfants qui vont devenir des amis fraternels. Mon père se souvient toujours de son arrivée au 57 et de la vision des jumeaux : Jean-François et Michel à l'étage du dessus entrain de brailler, la tête entre les barreaux de l'escalier. Le début d'une amitié qui durera. Ensemble dans les terrains vagues, à l'école Thiers, sous l'arbre au centre de la cour du 57 à jouer aux cartes sous l'ombre protectrice, au Jeunesse Communiste, au poste de police pour affichage sauvage, en manifestation où mon père avait bien meilleur coureur que lui quand les CRS chargés, en voyage en URSS et leurs mariages respectifs. Je les retrouverais chez ma grand-mère sous les toits du 7, rue de Vanves pour les repas Alsaciens du dimanche, chez eux, pour des déménagements, des anniversaires, à partager des vacances un des fils de Michel dans l'Orne lors d'un été ennuyeux qu'on a comblé par des Jeux Olympiques et la découverte du Tour de France et le décapage de volets vert pour redevenir vert. Chose qu'on a du mal à comprendre lors de l'adolescence.A aller dans les maisons secondaires, pour Michel à Noirmoutier et Jean-François dans l'Yonne. Découvrir la nourriture portugaise. Leurs vie professionnels à chacun a démarrer chez le père Louis. Jean-François, à l'entretien de la chaufferie de l'île Seguin et Michel juste à côté l'atelier 62 (forges de Renault) à la confection des moules pour les forges et la fonderie. Leurs parents je les ai très peu connu. Juste quelques photographies et surtout des souvenirs. Ce fameux père ayant quitter son Nord refusant de mettre les pieds dans une église et une mère d'acier qui avait comme surnom le Colonel. Femme qui ne se laissait pas faire qui à la veille de ses 8O ans, faisait encore de l'escalade. Malheureusement je ne pourrais parler du 57 avec eux. Leur père est mort bien avant la sortie de l'adaptation de Germinal par Claude Berri. Lors de son décès il a été incinéré et ses cendres dispersé sur un ch'terril. Seul et unique lieu pour le repos du mineur expatrié ur une des montagnes construite par l'homme. Puis il y a quelque jours en plein fête de l'Huma, j'apprends le décès de la mère. Tous les deux présent au décès d'André, mort un dimanche brutalement. Ma grand-mère montant l'escalier du 57 chez les Houyes. Premier réflexe. Cela restera. Michel m'a toujours dit qu'elle était comme sa mère, il s'en occupé autant que mon père et a pris le relais après le décès de mon père et présent avec sa femme et ses enfants à l'enterrement de Marguerite. J'aurai voulu en faire autant. Coincé au travail. J'aurais voulu faire connaître leurs souvenirs mais c'est trop tard. Il reste peu d'habitant du 57. Le temps presse, ne pas en perdre. Quand j'ai su qu'elle était malade, j'ai espéré à son rétablissement. La mort tout autour, partie intégrante de ce travail, une personne proche de ce projet m'a dit au milieu de nos correspondances : "Rude aussi les fins de vies autour de votre histoire, mais elles en font partie à leur façon..."

dimanche 4 juillet 2010

valise_08




1936 deux, 1956 trois, 1969 quatre, 1981 cinq. Les cartes postales: plein la valise. Certaine avec des mots des collègues, des petites phrases de mon père pour calmer l'inquiétude de sa mère : " Bien arrivée. La mer très bonne mais trop salé J-Claude Voici mon adresse : CAMPO SPORTIVO A.R.O.E.V.E.N. GAETA ITALIE". Voyages, sans doute, organisés par le CE de Renault. Celles qui venaient directement du village du collègue envoyé à l'adresse de famille "Mad DUQUENOY Mad Wurt n°119 Eckarstviller 67 près de Saverne". Aujourd'hui c'est "3 route Saverne 67700 ECKARTSWILLER". Les adresses approximatives mais elles arrivaient toujours. Mon père enlevé le timbre. Il faisait collection. Comme en atteste la carte de venant de Berlin en R.D.A. Ce timbre devait avoir une valeur forte. En 64, mon père avait presque quinze ans et il devait déjà être au J.C.. L'U.R.S.S. fera parti de ces voyages où ils verront, mal grès tout, un pays où ils se sentent chez eux . Mais celui qui reste le voyage principal : l'Alsace. Le moins couteux. Retrouvailles avec les cousins, les tantes, le verger, la forêt et les grosses chaleurs du mois aout. Ici en Ile de France, maison trop fine pour supporter. Mais à l'Est, de leurs mur en granit de quatre-vingt centimètres, la chaleur passe à peine. Juste la lumière incandescente. Des fois les volets se ferment. On se glisse entre le sommeil des parents, engloutis par le silence loin de la sirène de Billancourt des machines à transfert, elle aussi au repos, pour se glisser, pieds nus sur le carrelage frais pour prendre les fruits du verger dans la cuisine. Quand le bruit est de nouveau autorisé par l'adulte, on se précipite dehors pour monter dans la forêt juste derrière jusqu'aux grottes des sorcières et tirer sur la corde de la chapelle Saint Michel, juste au dessus. Bien placé pour faire de l'ombre aux païens. Puis on descend en courant entre les sapins envoyant de la poussière rose du granit, pour finir dans le verger, d'une certaine manière, leur centre du monde et les cartes arriveront et partiront régulièrement de Eckartswiller au passage du facteur. Il y en aura aussi au 57, rue du vieux pont de Sèvres, au retour annonçant la remonté de la rue vers le Trapèze pour certain et l'école Thiers pour d'autres.

lundi 28 juin 2010

valise_07



A l 'écoute du morceau de Elsass blues (1979) de Alain Bashung. J'entrevois mon père dans sa jeunesse et je l'imagine du haut de ses trois ans fuyant l'orphelinat des bonnes sœurs regardant les montagnes Alsacienne après avoir traversé la forêt. Un moment de liberté, chose importante à ses yeux et l'humanisme, loin de l'orphelinat, qui nous transmettra.

"Je suis né tout seul près de la frontière
Celle qui vous faisait si peur hier
Dans mon coin on faisait pas d'marmot
La cigogne faisait tout le boulot

C'est pas facile d'être de nulle part
D'être le bébé von dem hasard
Hey gipsy, t'as plus d'veine que moi
Le blues il sent bon dans ta voix

Elsass blues, Elsass blues
Ca m'amouse...
Va falloir que je recouse

Elsa encore un verre de sylvaner
Pour graisser l'rocking-chair de grand-mère
Mets ton papillon noir sur la tête
J'te ferai un câlin ce soir après la fête

Faut pas que j'parle aux Levy d'en face
Mémé m'a dit reste à ta place
Hey gipsy... j'aurai pas mon bac
Je f'rai jamais la carrière de Bismark

Elsass blues, Elsass blues
Ca m'amouse...
Va falloir que je recouse

Elsass blues, Elsass blues
Ca m'amouse...
Va falloir que je recouse

J'habite un blockhaus sous la mer
Elsa est aussi belle qu'hier
Son pavillon se noie dans mon blanc sec
J'ai pas trouvé l'derneir Kraftwerk

Elsass blues, Elsass blues
Ca m'amouse...
Va falloir que je recouse"

Alain Bashung Elsass Blues in Roulette Russe

lundi 14 juin 2010

valise_06


Réunification familiale le 6 février 1954. Trois sourires sur ces photos,a priori prise par un cousin d'André, l'homme du nord. Photos cachées à mon père pendant de nombreuses années. C'est dans le départ du 7, rue de Vanves, perpendiculaire au "57", que mon père vu pour la première fois ces clichés. Marguerite était une grande cachottière. Elle gardait ces deux valises dans son cagibi-grenier loin de tout. Majoritairement à propos d'André. On se demande si elle pas voulu tout effacer. Elle n'auras pas dit grand chose de tout ça. J'ai appris dernièrement qu'elle avait été résistante pendant la seconde et un souvenir de son passé raconté par elle. Marguerite avait caché des personnes poursuivies par les SS du fait de leur religion. Ca toujours été une phrase par-ci par-là et rien d'autre. Une certaine honte ou une époque fortement malheureuse? Mon interrogation est grande. A chaque fois que je parle d'elle à quelqu'un qui l'a connu, j'entends toujours des souvenirs différents. A-t-elle délibérément raconté quelque chose de différent à chaque fois? Plus je fouille, plus je découvre une personne complexe. Et je me souviendrais tout le temps du dernier moment que j'ai eu avec elle, juste tous les deux. Bien avant son retour ver l'Alsace. Je devais avoir quinze ans, un jour de semaine. Mon père me proposa de passer voir "mamie" et on se retrouverait chez elle. Je suis arrivé bien avant lui. J'ai eu le droit au goûter d'un jour d'hiver. Chocolat chaud et viennoiserie. On se disait pas grand-chose. Je dégusté ce repas et son regard accompagné d'un sourire. Elle était heureuse de voir son petit-fils se satisfaire pleinement de son bol "breton" avec son prénom. c'est ça que je garderais: ce sourire et ce regard de satisfaction. Son combat prend sens quand elle voit la tête blonde et châtain de ses petits enfants. Mon père arrivé à bon port après le 6 février 1954, l'amour qu'elle a construit avec André, ce grand-père que je commence à découvrir que maintenant. Ces jours d'hiver de 1954 et 1996. Moment prégnant et important pour Marguerite. Après 1996 et son déménagement sur le boulevard Jean Jaurès à Billancourt, on commencera à sentir la fatigue de vivre.

lundi 31 mai 2010

valise_05


Ce matin, je suis allé gare de l'Est. Regarder les trains pour Strasbourg. Je ne suis pas monter dedans. J'aurais bien voulu. J'ai fait quelques photos puis je suis rentré, amère. Bloquer ici. Sur le chemin du retour, en direction du métro La Chapelle, j'ai pensé au verger de l'arrière grand père - visible en arrière plan- que je n'ai jamais connu, à Eckartswiller( 67). Remplacé aujourd'hui par l'autoroute de l'Est. Mon père m'en beaucoup parlé. Lieu rempli de tous les fruits qu'on peut trouver en Alsace et de ses alcools de vie qui en découlé. Aujourd'hui il ne reste plus qu'un fond de mirabelle chez ma mère. Bouteille de vin blanc lavée, dénudée des attributs originaux pour ne garder qu'une minuscule étiquette blanche et de l'écriture fine de ma grand-mère. Il ne reste plus que cela et des photos.
Celle-ci est un mystère. Aucune idée de qui est l'enfant grimaçante et heureuse sous l'œil de l'arrière grand-père, dans son costume du dimanche, j'imagine. Lui entouré de son domaine. Les dimanches et vacances estivales se passaient principalement dans ce verger. Mon père retrouvait ses cousins. Aller dans la forêt juste derrière. Cela devait changer du bois de Boulogne et du parc de Saint Cloud. Pas de limite juste celle du dimanche matin : aller à l'église. Le père n'avait pas trop le choix. Il préférait aller celle de sept heure car elle était en allemande et ne durait qu'une heure. Car office normale, en Alsace c'est deux heures. Le jour de ses dix-huit ans, en novembre 1967, il avait décidé de déserter les bancs de l'église de Billancourt. Il m'avait dit que cela avait était dur de rester dans son lit alors que sa mère, de son regard et reproche matriarcale, jure en Alsacien dans son habit de messe. Il restera dans son lit ce matin-là. Belle vengeance à l'église et non à sa mère. En triant les papiers de ma grand-mère je suis tombé sur le certificat de communion de mon père où il est écrit "Jean-Claude Duquenoy". Son nom de naissance disparut et remplacer par celui du beau père. Ne pas froisser l'église de cet enfant encore considéré illégitime.
La "vengeance" de ma grand-mère se passera quinze ans plus tard. Quand nous allions avec mon frère passer un séjour à au 7, rue de Vanves (trop petit pour m'en souvenir) apparemment nous allions à l'église avec elle et notre tante. Cela a été découvert par mes parents un jour à Billancourt à un passage piéton où il y avait un bouton pour déclencher le bonhomme vert (quoi de plus amusant pour un enfant de six et trois ans). Mon frère devant ce passage a dit à mes parents "c'est par là qu'on passe quand on va à l'église". Mes parents ont toujours refusé de nous faire baptiser. Ils voulaient que ce soit un choix mais la grand-mère ne l'entendait pas comme cela. Aux dire de mes parents on a du être baptiser à l'église de Billancourt. Je n'ai jamais voulu savoir. Je laisse ce mystère pour ma grand-mère. Quand nous allions passer les vacances d'été en Alsace, sans les parents, chez la sœur de la grand-mère, nous avons du aller aussi à l'église et peut-être qu'on a été baptisé. Chose qui ne m'a pas marqué comme pour mon frère. Il ne me reste que les souvenirs de ballade dans la forêt du piémont des Vosges, les après-midi à regarder Santa Barbara avec les tantes et la grand-mère. On n'avait pas le droit de regarder les émissions pour enfants, considérer trop bêtes. Avec mon frère nous courrions dans des vergers et peu importe que ce soit celui de l'arrière grand-père, on le croyait. La prochaine fois je prendrais le train et si possible un corail.


lundi 17 mai 2010

valise_04


©archive Wurtz

Ce matin, j'ai laissé de côté le "57" pour aller faire un tour en Alsace. Revenir au commencement. Comprendre le mariage de Marguerite Wurtz et André Duquenoy.
Sur ces photographies, mon père, Jean-Claude wurtz assis par terre le regard loin de l'objectif. Entouré d'autres enfants et les bonnes sœurs ne pouvant regarder que de face. Mon père, né de père inconnu en 1949. Chose difficile pour l'époque, surtout dans une famille Alsacienne où la naissance d'un enfant, hors mariage, ne peut être légitimé. Pourquoi ma grand-mère a toujours caché le nom de "l'inconnu"? Mon père a essayé de savoir mais de son caractère d'Alsacienne têtue, elle le gardera pour elle. Les suppositions sont grandes et sans fond. Même la famille ne nous le dira jamais. Je ne partirais pas dans cet axe, respectant le choix de ma grand-mère.
A la naissance de mon père, le 28 novembre 1949, la famille Wurtz oblige Marguerite de le placer dans un orphelinat/pensionnat tenu par l'église, loin de Strasbourg. Sa sœur veut bien héberger Marguerite mais sans mon père. Elle doit travailler et trouver un mari si elle veut récupérer son fils. La moralité catholique se place là. Je comprendrais la colère de mon père envers l'église.
Ces photos témoignent d'une visite de sa mère -photos de droite, en haut au milieu, les mains posées sur les épaules de son fils-, souvent le week-end. Mon père en garda un souvenir très dure. Les seules réminiscences, raconté a mon frère et à moi sont la fugue à l'âge de trois ans dans la forêt Alsacienne et du vol à Noël de son camion rouge. Qu'il se souvienne si parfaitement de ces deux histoire me fait penser à croire qu'il n'a pas eu d'enfance.
Pendant ce temps là ma grand-mère travaille pour pouvoir le sortir de là, dans un hôpital psychiatrique, pour femme de service. Elle cherche un mari par annonce matrimoniale. Elle trouvera un veuf avec une fille à Billancourt, qu'elle rencontrera, en présence de son fils, à Noël 1953. Famille satisfaite, le mariage aura lieu à Strasbourg en février 1954, le 6. Situation similaire pour les deux futurs mariés, ils se comprendront et apprendront à s'aimer. Sur les photos de mariage, découverte cinquante ans après, mon père n'est pas là. Il a du rester dans l'appartement avec sa future demi-sœur. Le repas familial Alsacien sera servi avec soulagement par ma grand mère. Son fils a enfin un père et il va pouvoir vivre la vie d'un garçon de cinq ans et ne sera plus caché aux regards de la société.
Ils prendront le train et arriveront à gare de l'Est dans l'hiver parisien et prendront le métro jusqu'à Billancourt, en famille et rejoindront un modeste logis du 183, rue d'Aguesseau. Loin de Strasbourg, la vie pour les Alsaciens commence.

lundi 10 mai 2010

valise_03


© archive Wurtz

Le "57". Situé proche de la porte de Saint-Cloud, à l'angle de la rue du vieux pont de Sèvres (maintenant rue Dassault) et de la rue du Vanve. Aujourd'hui à cet angle, une centrale téléphonique. Gros bloc grisâtre. Vendus et détruit vers 1972, par la mairie de Boulogne-Billancourt. La Mairie ne demanda pas l'avis au locataires du 57. Cela est devenu, pour les anciens, un combat de se faire re-loger sans y perdre. Un ancien m'a dit " la mairie est venu à la Régie me chercher avec la voiture du maire pour voir un appartement. J'ai dit "si vous payez les heures!!!"La mairie a été obligé d'accepter. Ouvrier fier de son combat avec le Parti.
Sur la photographie, on peut voir la cour utilisé pour les besoin d'un rassemblement familiale. Lieu plus grand que les logements. Mon père (sur son vélo à gauche), sa mère à sa droite (appuyé sur les volets, le regard tourné à droite), la demi sœur de mon père dans sa robe blanche de communion et son beau-père, homme grisonnant, les mains dans les poches et toute la famille de Calais, côté du beau-père, descendu pour l'événement.
Faire une photographie de famille dans le 57, c'était dure de la faire dans l'appartement. 12 M2 seulement pour quatre au r.d.c. Lieu très humide, w.c. dans la cour... Donc heureusement qu'il y avait cette cour faite de jardin(s) collectif(s) et d'un arbre, lieu de tous les phantasmes des enfants de l'immeuble, s'évadant après dans les terrains vagues avoisinant pour se transformer en far-west. Mon père me racontait son arrivée dans cet immeuble, découvrant deux jeunes jumeaux braillard de trois ans aux étages supérieurs. Cinquante ans plus tard, ils sont toujours amis et sont devenu des visages de la famille qu'on ose se créer en dehors de celle qu'on nous impose, comme dans les films de J.F.Stevenin. Si on se contentait de sa famille pour remonter le souvenir prolétarrien précaire, je n'irais pas loin. Grâce à cette famille sauvage, le chemin de la rue Dassault, redevient rue du vieux pont de Sèvres, accès direct au Trapèze et toutes nouvelles construction recouvrant ces lieux, disparaissent.

lundi 5 avril 2010

valise_02


Combattre l'humidité est une chose complexe. Valises sous un escalier dans l'humidité normande. Scanner au plus vite, aller plus vite que la moisissure. Les seuls exemplaire des lettres d'embauches de André Duquenoy, mon grand père par alliance, ont souffert. J'ai essayé de contacter Renault pour consulter le dossier de mes grand parents mais cela demeure très difficile et bureaucratique. Étonnant de leurs parts. Je vais encore essayer, après j'abandonne.
Croire que le combat se limite à essayer de sauver le peu qu'il reste de Renault-Billancourt, en s'obstinant avec ma caméra, d'aller régulièrement filmer la lente construction d'immeubles, sur le trapèze ne peut être qu'une partie. Déchiffrer ce qui disparaît. Combat des plus ordinaire mais complexe. Comment nettoyer ces feuillets fins et devenus fragile. Prendre un pinceau et essayer d'enlever toutes les couches de salpêtres? Et pouvoir tout déchiffrer et dessiner un parcours dans l'usine. A priori, André aurait commencé comme tout ouvrier de chez Renault, O. S. le 24 janvier 1934 puis aurait quitté l'usine en septembre 1939 pour une guerre. Laissant derrière lui sa femme. Fit prisonnier, il ne rentrera à Billancourt qu'après être passé par un camp de prisonnier de guerre en Allemagne. Il rentre et trouve une femme, face la dureté de la vie ouvrière, devenue alcoolique. Ré-employé le 20 juillet 1945 par Renault, tout fraichement nationalisée : "Pour la société Anonyme des Usines Renault, pour la Régie Nationale des Usines Renault".
Étrange titre. On sent une hésitation entre public et privé. Cela restera, car aucun ouvriers ou employés de chez Renault n'aura le titre de fonctionnaire d'Etat. Juste le prestige d'être "un renault". Rien que ça et le regard tourné ver le vide du trapèze.
André sera employé "comme gardien pour un poste doux" pour l'effort de guerre. Reprendre son travail sur les traces encore fraiche des bombardements. Quelques années plus tard, sa femme décédera. Il se retrouve seul avec sa fille Andrée. Au vues des heures incompatibles de travail : soit 6h - 14h ou 14h - 22h, il ne peut s'occuper de sa fille. Il doit trouver une femme, pour se re-marier. Son regard va se tourner vers l'Alsace où une certaine Marguerite Wurtz a fait naître un enfant, Jean Claude, le 28 novembre 1949, déclaré "né de père inconnu". Tout cela se passera de romantisme : Par agence patrimoniale qui devait bien fonctionner après la guerre. Je me demande si l'Etat n'avait pas créer une Agence. Cela est possible. Mes recherches me le diront. J'ai retrouvé quelques trace de cette correspondance. Elle prendra vie plus tard. Peut-être dans le film. On verra ou elle voudront aller.

lundi 29 mars 2010

valise_01



Valises ouvertes. Commence à trier les papiers, par lieux, régions (Nord, Alsace et Banlieue Parisienne), photos... Revenons au sens premier du mot valise : " y mettre ce que l'on emporte en voyage ; se préparer à partir, à quitter un lieu". Cet objet est avant tout lié au voyages et vacances. Marguerite Duquenoy, après de longues années chez Renault, profite enfin de la retraite que lui propose le C.E. Naturellement, la destination de l'U.R.S.S. est proposée. Enfin pourvoir quitter Billancourt et les habituels départ en vacances vers sa région (pour elle, ça était l'Alsace, à Eckartswiller (67)). Le pays de soviets. Fantasmes des prolétarriens. Nous, enfants et petit enfants des prolétarriens, lieu de la bibliothèque avec les livres sur la révolution de 1917, l'ouvrage de Cartier-Bresson, les éditions sociales pour l'adolescence et les première années universitaires. Des voyages en diapositives à la bibliothèque, il reste ces quelques images jaunies et panoramique de ce pays qui aurait pu être grand. Il reste l'idée loin de ces bâtiments qui demeurent vide.