jeudi 5 mai 2011

femme vient et s'en va de maryse hache #vasescommuniquants mai 2011

pour cet échange des #vasescommunicants, jérôme et moi, nous nous sommes donnés rendez-vous

c'était la deuxième fois que nous nous rencontrions

avais été à paris, aux atelier varan, à la projection de son film : fermeture

avons choisi des photos, lui dans les miennes, moi dans les siennes, et avons lancé l'écriture à partir d'elles




jérôme wurtz


femme vient et s'en va

demeure dans l'apparition disparition

sa carnation invente la pâleur de l'image

presque un rose twombly

ou un greige tapiès

ce matin-là elle palimpseste sa vie portraiturée je te dis

dans le linge des songes

elle l'a peut-être vu ce matin-là

quand elle traversait le paysage et passait près des ruines


elle l'a peut-être vu celui là-bas assis sous l'arche en plein cintre

goûtant l'air odorant


et si c'était l'amour

jusqu'au sourire

jusqu'au sang

jusqu'à la perte de son nom


son prénom il tiendra

armelle ou mélanie ou marcelle

l'écriture cherche une histoire un récit des mots pour elle

des mots pour lui

un surgissement de bribes

un paysage de possibles



jérôme wurtz


geste nonchalant

dans la lumière sous l'arche

dire oui au jour du monde

se poser dans l'attente du soir


dans la rêverie d'un lion d'or au festival de venise

à moins que

fermeture de l'usine

déclin de la classe ouvrière


mais la vie est à lui

là sous l'arche

regard sur la pierre


et les crapauds donnent de la voix


l'a-t-il aperçue au loin en contrebas

traverser le paysage près des aubépines

ou rêve-t-il plutôt à celle dont il a croisé les yeux bruns

dans le rer (c'est la passion qui passe ou quoi)

il y a quelques semaines

pendant son voyage dans la capitale

et une visite à une amie en vallée de chevreuse


je le vis je rougis je pâlis à sa vue


jérôme wurtz


et ces deux-là assises

sous le portique du temps

à deviser dans le rose

bâtiment en ruines

peut-être un ancien temple du 11e siècle

la pluie vient juste de cesser de couler

sur les grands blocs de pierre

au pied des colonnes

sur les touffes d'herbe


aux alentours grande forêt et odeur effarante de terre mouillée

l'air si doux le monde semble léger

et pourtant

paroles volètent


qu'est-ce qui te tourmente

guerre typhon famine

feu ou guerre

chaque année apporte ses catastrophes

j'ai vu des hommes battus comme des bêtes


en vérité la vie humaine est aussi fragile et éphémère

que la rosée du matin


je sais bien que je vais mourir


il se moquait de mon époux

il m'a poursuivi

j'ai couru à travers les sous-bois

il m'a rattrapée

il m'a prise

j'ai planté les yeux dans le soleil

et ai donné mon ardeur à l'inconnu

ailleurs des femmes ouvrent leur sexe pour quelque argent

dans le regard de mon époux une lame d'acier : le regard du mépris

tue-moi vite j'ai dit

n'en a rien fait

alors c'est moi qui ai planté ma dague dans son corps


ai planté l'écriture dans la pellicule


c'est le mot usine qui se laisse entendre soudain

le déclin de la classe ouvrière


ombre et lumière dans l'usine en ruines

comme dans la grande forêt

arbres feuilles soleil à l'extérieur de l'usine

comme dans la grande forêt

sanglots

une main doucement

retira la dague


ici voix se mêlent

temps se tissent

images soufflent leur couleur

humanité se trouve

hurle à travers la toile

accroche la tendresse

au bord de l'éternité

c'est grande gratitude




maryse hache


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Vous pouvez lire mon texte chez Semenoir

mercredi 4 mai 2011

Sortie de route_01



Prendre le train à Gare de l'Est, se tromper de train et découvrir un atelier abandonné au bord de la Marne. Laissé là, du jour au lendemain, a priori vers 1962. Devenu un entrepôt de machine dite obsolète.


























photographies : Jérôme Wurtz

lundi 7 mars 2011

Cette semaine de février 2000

Cela fait maintenant onze ans. Déjà. Que je me bat contre la douleur de l'absence voulu. Triturant dans tout les sens les papiers rassemblés. Essayer de trouver une réponse à laquelle le Père n'a jamais trouvé la réponse. Trouver pour lui, eux et moi. Donnez un sens à tout cela. Espérer de trouver une réponse à la disparition brutale le 13 février 2000. Dans la nuit. Accompagné de ton amour et de tes deux enfants. donnez sens, donnez encore quelque chose. Se souvenir de l'annonce faites à la Grand-Mère. Sa douleur et sa colère nous tombèrent dessus. Normale. Injuste qu'elle vive ce moment là. Nous aussi. Ma mère seule et tellement entourée. Heureusement. Commence le temps sans fin entre la mort et la rassemblement autour. Défilement de la famille que l'on souhaite voir ou pas. Les amis venu nous soutenir dans notre jeunesse. Comprendre avec eux. Le monde des adultes et le notre. Commencer à oublier la mort. Le cerveau endolori. Puis commence l'organisation. Vouloir une salle loin des églises. Ont fait trop souffrir l'enfance du Père. Mais pas possible. Obligé par le nombre des présents. Faire le chemin avec sur les épaules une veste du Père. Les amis toujours là. On peut se cacher derrière eux pour ne pas entendre les consolations qui nous ramènerait à la réalité. Entre dans la collégiale. Prière légère tant mieux. Entendre la voie de Ferrat et voir le soleil blanc qui perse les vitraux jaunes. Douceur et apaisement. Voir les gens passé devant nous trois. La Grand-Mère en Alsace pour une cérémonie pour eux qui sont loin et n'ont pas la force de voyager. Que nous trois. Puis passer devant le cercueil. L'embrassant de la main pour une dernière fois. D'autres ont souris. Tant mieux. Reprendre le chemin vers la maison qu'il avait tant rêver depuis longtemps. Mettre son amour et ses "petits-pères" à l'abri. Loin de tout ce qu'il a vécu. Pour nous. La peur au ventre aussi de nous laisser là. Et ce souvenir du gout du Edelzwicker après la cérémonie. Entendre les amis et la famille rigolé autour d'un repas, pour une dernière fois, pour toi. Reprendre le livre à moitié entamé et le finir. Je te le promet, on le terminera.

lundi 28 février 2011

empreinte_06


Les enfants du paradis

D'errance en errance, je me perd. Trouve moins en moins d'intérêt à venir à Billancourt. Il ne reste plus qu'une sensation de malaise dans cette ville qui ne ressemble plus à grand chose. Les repères disparaissent. Obligé de remonter/descendre la rue du vieux pont de Sèvre. Ressentir ce trajet dans les pas. Peut-être qu'un matin tôt, au levé du soleil, je remonterai cette rue inscrite quelque part. A moitié dans les plans, entièrement Dans les pas. Le bloc noir aspire ce qu'il reste et m'oblige à m'abriter dans le 7, rue de Vanve. La porte s'ouvre sur le passage d'une habitante du troisième. Elle m'apprend que l'appartement de la grand-mère est occupé par un couple de jeune. J'aurais aimer le savoir libre. Le louer pour une journée ou plus. Le voir vide sans l'empreinte de nouveau locataire. Retrouver intact la vision enfantine. M'affaler dans la pièce qui servait de salon et d'entrée. La plus lumineuse. Imaginer le canapé, la caisse en carton et revêtement synthétique orange où était rassemblé les jouets. Les plantes près de la fenêtre. Aller dans la cuisine et revoir ce qui se passait par la fenêtre proche de l'évier où la grand-mère faisait sa toilette. Le petit cabiner où était l'armoire à pharmacie en plastique. Sur les portes de l'armoire j'espère retrouvé les mots croisées des plus grand groupe de rock, pop des années 60-70 : Pink Floyd, The Beatles, Deep Purple, Led Zeppelin... Imaginé et fait par mon père lors d'un dimanche pluvieux. Retour dans la cuisine pour ouvrir les placard et trouver notre collection de verre à moutarde. Je me souviens d'un seul : Darth Vador entouré de soldats de l'empire galactique. Retraverser le salon/entrée pour la salle à manger. Plafond en biseau. Le toit de l'immeuble est là accompagné par une petite fenêtre et le polystyrène fin comme isolant qui a laissé l'empreinte de nombreux bouchons de crémant d'Alsace, ramené ou commandé auprès du viticulteur de la famille. Passé la main et sentir sous la nouvelle couche de peinture blanche pour éclaircir. Au fond deux portes. Celle de droite la minuscule et sombre chambre et à gauche le cagibi où fut entassé tout le passé. C'était un rituel lors de nos repas dominicaux : ouvrir la porte, allumer la seule ampoule et fouiller dans la pièce sans fenêtre. On devait avoir des messages d'alerte de la grand-mère, de ne pas faire trop de bazars. A travers, on entendait le rire du monde adulte. Refermer cette porte, mettre un loquet à l'intérieur, le fermer derrière soi, entendre les sonorités hors du champ visuel jusqu'à l'ampoule casse et m'oblige à me souvenir, me souvenir, ne rien oublier avant de sortir pour une bonne fois et revoir le père, le jour du déménagement, remplir les valises loin du regard de la grand-mère. Il devait savoir qu'il n'arriverais pas à finir le livre et qu'il était essentiel de donner des pistes pour le poursuivre. Faire prendre du sens à la montée dominicale du 7, rue de Vanves et tout ce qu'elle induit.

dimanche 13 février 2011

Non à la démolition du dernier bâtiment industriel du Val de Seine !



Un jour d'avril, je me promenais avec ma caméra autour de l'île Seguin et je tomba nez à nez avec la cheminée en brique. Je la filma. Tournant autour. Je me rendis compte qu'elle touchait la limite des anciens terrains de Renault, côté Meudon. Intimement lié par le besoin : faire connaître le passé industriel et ouvrier du Val de Seine.
La Fabrique Gaupillat, sa propre histoire qui n'est pas celle de Renault mais qui connait les même problème en fin de parcours. Ils veulent la démolir et supprimer ce lieux unique et dernier témoin! Montrons notre désaccord! Que la Fabrique Gaupillat renaisse!

Venez nombreux à la conférence de presse lundi 14 février 2011 à 18h00, place Bergeyre, face à l’usine Gaupillat, 43 bis route de Vaugirard, organisé par l'association LA FABRIQUE.
Notre nombre fera la différence!

samedi 12 février 2011

valise_14



Billancourt le 26.7.54.

Un lieu et une date dans les boucles du stylo à bille, surement un bic, de couleur bleu sur un papier à lettre serti de ligne, la première du bloc pour modèle. Modèle du modèle : celui d'André. De sa ville, Billancourt et non Boulogne-Billancourt. Supprimé les berges du ruisseau. On est dedans. Au regard du modèle, la lettre plus courte, incisive et respectueuse : de leurs situations aux formules de politesse.

Je soussigne Duquenoy André employé à la Régie Renault

Phrase d'introduction pour montrer la valeur de son boulot, qu'on travaille pour l'effort nationale. Dix ans après la Libération, la situation est la même. Pas de changement. Toujours les même conditions. Mais il faudrait pas trop qu'ils se plaignent selon le Général. Ils ont la Sécu et la politique familiale. Mais pas d'un logement correct.

Solution de sauvetage à l'heure présente inacceptable dans quelques temps.

Le quelques temps qui durera jusqu'à la fin pour les enfants. L'école primaire, le lycée professionnel et l'arrivée dans une entreprise, quelle soit Nationalisé ou pas. L'espoir d'une plus grande pièce, il faudra attendre que quelqu'un libère de la place au 57 et augmenter le 12 m2 en double, si cela est possible car le hlm, ils ne l'auront pas. Espérer que les retraités, si ils arrivent à quitter l'usine, retourne près de la famille qu'elle soit en Savoie, en Normandie ou en Alsace. Mais généralement non. Mourir sur son établi, si possible le dimanche en famille - moins de paperasse pour l'administration de l'usine - pour sentir autre chose que la graisse dans laquelle on pataugeait, jusqu'au genoux parfois et marquer son absence le lendemain à l'atelier et voir la couronne de fleur de la Régie sur sa tombe qui sera mis de côté pour laisser plus de place à celle des copains. Le lundi d'après, un jeune quitte la rue de la ferme pour emprunté l'avenue Emile Zola et prendre la place.

Et j'ose croire qu'il vous sera possible d'y donner une suite favorable.

Eux non. Nous oui. Nous faire juste sentir les souvenirs et rien d'autre. L'école oui. L'usine non. Si juste quand on aura seize ans, pour nous montrer. Avoir notre Bac. Grande fierté du paternelle quand mon frangin l'a eu. Le premier de la famille.





samedi 5 février 2011

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LA VIE EST A NOUS de Jean Renoir (1936)

Grand film de propagande pour les élections de 1936. On connaît la suite. Et quelle belle suite.

Film qui résume toute les revendications du prolétariat à travers les revendication du Parti avec le génie de Renoir.

Je me souviendrais toujours le jours ou je l'ai découvert. En cours de "Cinéma et Histoire" en 1er année de fac. C'est Sylvie Lindeperg qui dirigeait ce Td à Paris 3. Souvenir intarissable de ce mouvement de foule chantant l'Internationale - chanson qui a été écrite par Eugène Pottier pendant la Commune de Paris de 1871 lors de la Semaine Sanglante - et de mon sourire, peut-être le seul de la salle. Je m'en moque : La vie est à nous!