7, rue de Vanves : immeuble jaune

photographie : Nicole Wurtz
a propos d'un film(s)
Cette CARTE dite d'ancien de Renault. Grande victoire pour les travailleurs de l'avoir. Atteindre la retraite. Le combat par excellence. Maîtrisé la machine, le contre maître, le chronomètre et gagner la grève. Il y a eu celle de 1936, 1952 et 1968. En 36, Elie était dans les mines du Nord. Fuite en région parisienne car F.T.P.F (Francs tireurs et partisans français), il sera caché par les camarades puis à rejoint la Régie de son nouvel habit étatique le 1er Avril 1946. En 1952, quelques mois après la naissance des jumeaux, un 22 mars, j'imagine qu'il devait retourner les pavés de la place Nationale : pour protester contre la mise en route de la décentralisation par la construction de l'usine de Flins et ce fameux 68 : dernière grève pour le voisin de la famille Duquenoy/Wurtz. Occupation et apparition des meeting déplacé sur l'île Seguin. Premier replis et retranchement à l'intérieur, sentant que la Forteresse se fragilise. Ne surtout pas ouvrir les portes aux étudiants : pas de notre monde. Trop facile d'ouvrir sur une envie. Il faut que les jeunes de la Sorbonne & cie nous montrent qui nous ne lâcheront pas, du jour au lendemain. Qu'ils ne seront pas les patrons de demain. LE syndicat en a peur. On connait la fin. Victoire dans un certain sens et défaite aussi. Amertume qui ne dura pas trop longtemps pour Elie. Après l'été, il quitte la Régie. il a enfin la carte et plus la verte pour rentrer dedans. Ce jour du 30 septembre, il a du le fêter mais aussi remonter la rue du vieux pont de Sèvres jusqu'au 57. A cette époque ci, il fait toujours beau. Peut-être qu'ils avaient dressé la table dans la cour sous le noyer devant leurs jardins. Sortir le vin et les alcools de chaque régions d'où provenaient les habitant du 57. Il y avait le Nord, l'Alsace, la Savoie et peut-être d'autres. Boire à cette victoire. Les enfants courant la cour de terre battue par leurs pieds. Elie a avoir une pensée pour son camarade André Duquenoy qui lui est parti un dimanche après-midi rejoindre les oubliés de Renault au cimetière, onze ans plutôt. J'espère qu'il faisait beau et que la dernière remonté de la rue fut joyeuse.
Toutes photographies appellent à une ouverture. Ces murs, de ce qu'il en reste, demande à être franchit. En ouvrant la Valise, je cherchais un moyen d'entrée pour Maryse Hache. Comme mon père qui a réussit un jour à faire entrer l'oncle de ma mère, fils de fermier Vendéen et amateur de mécanique, à entrer dans la Régie. Lieu qu'il a rêvé depuis qu'il bricolait des voitures. L'ami de mon père, Michel, ouvrier chez le père Louis et habitant du 57 a réussi l'infiltration de l'Oncle. Il lui a passé un bleu et la porte devant, j'imagine, la complicité d'un des gardiens. L'Oncle Gabi à découvert ce qu'il n'attendait pas : des ouvriers travaillant dans quarante centimètres de graisse dans un vacarme assourdissant qui était absent des reportages d'actualités qui ne venait sur la Place Nationale, les jours de grèves, pour prendre la température de la France.
Prenez un bleu et suivez moi à travers le carnet de André. Lui était gardien, donc pas de problème pour rentrer. Ce petit carnet qui a du être dans la poche depuis le début de son poste ou au début pour retenir ce qui devrait être des numéros de téléphone pour joindre les quatre coins du Trapèze.
A force d'énumérer le 57, rue du vieux pont de Sèvres, voici ce qu'il est devenu. Voilà à quoi ressemble la centrale téléphonique : un bloc de béton sertie d'un seul œil long et fin. Tourné vers la rue de Vanves, faisant face à l'immeuble qui accueillit Marguerite avant la démolition. Côté rue du vieux pont de sèvres, l'entrée grillagée avec son numéro discret : 57. Invisible sur celle-ci, de l'autre côté du bloc. Ce cyclope prisonnier de son île Tchernobylienne. Lieu qu'on préfère oublier, enlever ce qui paraît être malade. Sauf ceux qui se sont battus pour pouvoir reloger les habitants du 57, grâce au habitant et le Parti. Longue négociation avec la Mairie qui s'était empressé de racheter le terrain sans se préoccuper des locataires. Tellement « embêter » par la situation et par le Parti, ils iront jusqu'à chercher, Michel, amie de Jean Claude et habitant du 57 à la régie en voiture pour une proposition de logement. Ce fut long mais tout le monde récupéra un logement.. Puis des ouvriers sont venu vers 1972 ou 1973, recouvrir le 57 comme en 1986. J'imagine le regard de la Marguerite et du père depuis le cinquième étage du 7 rue de Vanve, regardant le lieu disparaître dans un nuage de poussière et voir apparaître ce bloc gris. Dans le plus grand anonymat, des hommes sont passé et repartit. Recouvrant le passé de ce lieu. Amorce de la transformation. Au même moment, la direction de Renault annonce les futurs délocalisation de Renault Billancourt, sous le terme de décentralisation : éclatement du corps. Trop peu soucieux de savoir ce qu'on va devenir.
Vouloir rentrer. M'exposer à l'élément dangereux pour les démolisseurs. Puis laisser la porte ouverte, laissant la mémoire s'étendre sur Billancourt, ville orpheline de son identité ouvrière.
A l'entrée de la plaque « 57 » il y a un gardien. Il a ordre de la laisser fermer à toutes personnes « étrangère ». André, gardien à l'usine, devait faire pareille. Poste déplacé de l'usine à la maison. Aurait-il apprécier? Je ne penses pas.
Vouloir rentrer, dans l'usine fantôme et dans le 57 : toutes les deux fermées à mes envies. Percer l'œil tel Ulysse. Faire naître la colère des puissants et voir le suintement sur les murs. L'humidité éclatera ce sarcophage laissant apparaître le vert éclatant de l'arbre de la cour du 57.
Repartir du début. Métro Porte de Saint-Cloud, sortir de la bouche et tomber nez à nez sur l'église de la porte,son rond point et la gigantesque fontaine. Lui tourner le dos, prendre la passerelle passant au dessus du periph' où j'imagine voir Olivier Rolin dans sa DS. Passer la limite entre Paris et Billancourt. Moment toujours aussi étrange. Cette limite ou plus rien n'existe, ni la capital, ni la banlieue rouge. Le doute envahissant. Vais je réussir a passer la frontière pour retrouver les traces primitives du 57, rue du vieux pont de Sèvres? PARIS barré et BOULOGNE-BILLANCOURT apparaît. Merci à la DDE de signifier une frontière épaisse comme une feuille face à l'extension du no mans land. Billancourt protégé par des barres d'immeubles face à Paris en guise de muraille. Se protéger et laisser quelques ouvertures : rue Gallieni, avenue Edouard Vaillant et avenue Pierre Grenet. Avant pour en venir en famille c'était la voiture. Maintenant à pied. Passer la muraille, trouver une interstice. Celle que je connais mieux, rue Marcel Dassault. Passer sous l'immeuble là où commence la rue. Je crois voir un homme me demandant ce que je viens faire là. L'interlocuteur ne sera que la trace du coffrage en bois de béton au dessus de ma tête. Immeuble qui a du être construit bien après l'arrivée de mon père au 57. L'encerclement pour cacher la pauvreté du quartier. Cette rue toute droite menant directement au Trapèze, qui a l'époque était lié par le nom. Aujourd'hui coupé de son existence ancienne. Je tombe sur l'ancien panneau mais barré de cette ligne de scotch noir. Rappel des enveloppes pour l'enterrement de André, le beau père. Rue en deuil de la maison démoli et son axe reliant au cœur nauséabond, Renault. Légèrement cachée, Laisser là, seule trace de l'existence de cet ancien tronçon. En remontant tout au long de la rue Marcel Dassault, seule et unique plaque. Trop dur a enlever? Paresse municipale ou choix? Ou simplement le nom de Dassault dérangé par l'histoire de Billancourt. Personnage politique loin des préoccupations des habitants de la rue. Ces traces fragiles : un mur, des numéros... Les récupérer, gratter le scotch et reprendre mon chemin.
Réunification familiale le 6 février 1954. Trois sourires sur ces photos,a priori prise par un cousin d'André, l'homme du nord. Photos cachées à mon père pendant de nombreuses années. C'est dans le départ du 7, rue de Vanves, perpendiculaire au "57", que mon père vu pour la première fois ces clichés. Marguerite était une grande cachottière. Elle gardait ces deux valises dans son cagibi-grenier loin de tout. Majoritairement à propos d'André. On se demande si elle pas voulu tout effacer. Elle n'auras pas dit grand chose de tout ça. J'ai appris dernièrement qu'elle avait été résistante pendant la seconde et un souvenir de son passé raconté par elle. Marguerite avait caché des personnes poursuivies par les SS du fait de leur religion